1832-1900 : un éclectisme d'importation

Avant la conquête française, la vieille ville est entourée de remparts de 2500 mètres de long et percés de 5 portes parmi lesquelles Bab Azoun (au sud), Bab el-Oued (au nord) et Bab el-Jazîra (porte de la Marine). Le début de l’occupation par les militaires français bouleverse de façon notoire l’organisation de la ville dont la structure est démantelée, tandis que de nombreux édifices sont détruits ou détournés de leur destination originelle. Ainsi, plusieurs bâtiments sont investis et leurs façades habillées dans des esthétiques étrangères aux formes architecturales locales (la Ketchaoua, le Dar Hassan Pacha).

Dès le début, les militaires français s’installent dans la partie basse de la ville, près du port et, en 1832, ils y créent la place Royale (future place du Gouvernement et aujourd’hui des Martyrs), conçue comme une place d’armes pour le rassemblement des troupes. Les premières initiatives urbaines sont ainsi fondées sur des impératifs militaires visant à contrôler l’espace et à assurer la défense de la ville : la dimension des rues et des places est par exemple pensée pour permettre les croisements militaires et le déploiement des troupes.

Plan de la ville d'Alger 1888
Source : Getty Research Institute
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Au milieu des années 1850, l’élément civil, qui prend de plus en plus d’importance dans l’aménagement de la ville au détriment des militaires, témoigne d’objectifs architecturaux et urbains différents, rappelant ceux développés dans la métropole : considérations hygiénistes, esthétiques ou critères de monumentalité. Dès les années 1840, plusieurs projets d’aménagement sont pensés pour encadrer le développement d’Alger et, en 1860, est lancée la réalisation de la rue du Rempart, futur boulevard de l’Impératrice et actuel Zighout Youcef. Un aménagement de type haussmannien préside à l’organisation de cet immense boulevard sur le front de mer dont les immeubles affichent une esthétique d’importation.

Parallèlement, la ville se dote d’équipements dont les références esthétiques sont inspirées de modèles alors en vigueur en Europe : le théâtre est néo-renaissance (Chassériau, 1853), le Palais consulaire (Petit, 1893) et l’École supérieure des Lettres d’Alger (Petit et Dauphin, 1888) sont de facture néo-classique. Si, jusqu’à la fin du 19e siècle, les nouvelles constructions, essentiellement d’esthétique européenne, sont construites dans le déni de l’ancienne ville, un nouvel intérêt pour la culture algéroise se développe progressivement à partir des années 1860.