1900-1920 : une profusion de styles entre néo-mauresque et Beaux-Arts

Dès 1860, résultat d’un faisceau de phénomènes convergents, un nouveau regard est porté à la culture islamique algérienne. Napoléon III, qui vient à Alger en 1860, préconise d’intégrer l’héritage bâti existant dans les projets d’embellissement des villes. Parallèlement, une association, la Société historique algérienne, s’élève contre la destruction des maisons de l’ancienne ville d’Alger et parvient, avec les administrations civiles et militaires, à faire classer quelques édifices islamiques.

Ce nouvel intérêt pour la culture locale rejaillit sur les architectes qui se l’approprient et l’intègrent à leur production architecturale. Dans les années 1870, un Anglais du nom de Bucknall conçoit dans le quartier d’El Biar des villas néo-mauresques destinées à de riches hiverneurs. Cette nouvelle esthétique, encore peu diffusée à Alger, côtoie ainsi une production architecturale qui reste, jusqu’en 1900, majoritairement influencée par les modèles esthétiques européens.

La Grande Poste, début 20e siècle
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Toutefois, de 1870 à 1900, la situation politique de l’Algérie évolue. En 1900, l’administration au pouvoir permet à la colonie d’accéder à l’autonomie financière vis-à-vis de Paris et, par ricochet, met sur pied une politique intérieure et culturelle visant à élaborer une identité qui se distingue de celle de la métropole. Cette politique culturelle, encouragée par le gouverneur général Charles-Célestin Jonnart (1857-1927), s’appuie sur la culture ancienne locale qu’elle réinterprète et met en valeur. Du point de vue architectural, Jonnart recommande de puiser aux sources du patrimoine local pour élaborer une architecture typiquement algérienne, donnant ainsi au courant néo-mauresque une impulsion de taille. Ainsi, Alger et les grandes villes se dotent d’édifices utilisant un vocabulaire faisant référence à la culture locale : le siège de La Dépêche algérienne (1906), actuel siège du Rassemblement national démocratique, la Grande Poste (1910), la Préfecture d’Alger (1913), actuelle Wilaya, ou Les Galeries de France (1914), actuel musée d’Art moderne d’Alger (MAMA).

Cet élan est favorisé, d’une part, par la communauté scientifique qui, depuis quelques décennies, développe nombre d’études sur la culture islamique et, d’autre part, par des associations de défense du patrimoine local, tel le Comité du Vieil-Alger. Toutefois, ce courant néo-mauresque, loin d’être dominant, côtoie des bâtiments aux esthétiques très diversifiées affichant des références néo-renaissances, néo-classiques ou encore Art nouveau. Le mouvement néo-mauresque s’épuisera en quelques décennies sous le joug des théories modernistes qui, dès 1930, participent à son discrédit.