1920-1950 : Alger, vitrine du modernisme

Dans les années 1920, le courant néo-mauresque, promulgué comme style d’État au début du siècle, fait l’objet de critiques acerbes : cette architecture est contestée et qualifiée de pastiche. Si l’usage stratégique du néo-mauresque a permis de conforter pouvoir et jeu politique au début du siècle, les nouvelles formes architecturales qui se mettent en place témoignent, dès le milieu des années 1920, d’une volonté de changement. L’architecture moderne algéroise est certes influencée par le modernisme classique métropolitain prôné par l’architecte français Auguste Perret (auteur de la ville du Havre après 1945) mais elle présente néanmoins des spécificités proprement nord-africaines, voire méditerranéennes, et, surtout, elle trouve dans l’idéologie du régime colonial des échos favorables.
Le modernisme est un courant international du 20e siècle dont on reconnaît la syntaxe architectonique, entre autres, à ses formes blanches, rectangulaires et abstraites, à ses toits plats et à ses vastes surfaces vitrées. Cette ouverture sur le Mouvement moderne naissant, qui se manifeste sur la scène algéroise, se concrétise en 1930 à l’occasion de la célébration du centenaire de la colonisation.

Moment majeur de l’histoire de l’Algérie française, cet événement qui marque l’apogée de l’empire colonial occulte en même temps, au bénéfice de sa propagande, les dures réalités auxquelles sont confrontés les Algériens, laissés à l’écart de la réussite économique. En voulant ainsi présenter l’Algérie comme le pays idéal, les autorités françaises font d’Alger une capitale nord-africaine d’envergure méditerranéenne, stimulante pour le milieu intellectuel, où se multiplient congrès, débats et expositions. Le courant moderne, qu’encourage le pouvoir, convient à l’image de capitale méditerranéenne qu’il souhaite donner au monde.

Vue d'Alger, début du 20e siècle
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Vaste champ d’expérimentation d’idées nouvelles, Alger accueille dès le début des années 1930 les propositions de Le Corbusier ainsi que l’étude du plan d’extension et d’embellissement pensé par les urbanistes Danger, Prost et Rotival. L’organisation d’expositions sur l’architecture et l’urbanisme moderne, en 1933 et en 1936, propulse la ville sur le devant de la scène internationale.

Si les édifices qui sont inaugurés à cette occasion intègrent les enjeux de la nouvelle orientation de l’administration et ceux de la puissance politique coloniale, ils assurent aussi la diffusion d’une certaine modernité locale à travers les images architecturales qu’ils véhiculent. En effet, tout en restant perméable à l’architecture de la métropole, la scène algérienne adopte une position spécifique vis-à-vis de la modernité. Elle fait de la réinterprétation du patrimoine architectural local et méditerranéen sa composante essentielle. Des architectes tels que Xavier Salvador, Marcel Lathuillière, Jacques Guiauchain et beaucoup d’autres encore, prônent une architecture plus proche et mieux intégrée au contexte local ainsi qu’un modernisme adapté aux conditions climatiques et esthétiques du pays.

Cet engouement pour le Mouvement moderne naissant s’illustre par des réalisations emblématiques telles que le palais du Gouvernement ou la maison de l’Agriculture (actuellement ministère de l’Agriculture) de Guiauchain. En présentant des projets nouveaux “d’esprit moderne et d’expression régionale”, ces architectes ont ainsi participé à façonner l’image de la ville.