1950-1962 : une décennie bouleversée

Dans les années 1950, la croissance dynamique de la ville d’Alger, héritée du boom d’après-guerre, n’est pas remise en cause par “les événements d’Algérie”. En 1953, Jacques Chevalier, nouveau maire fraîchement élu, dote Alger d’un instrument d’urbanisme moderne et innovant, “l’Agence du Plan d’Alger”, qui sera dirigée par Pierre Dalloz et par Gérald Hanning, un proche de Le Corbusier. Celle-ci œuvre à l’élaboration d’un plan pour Alger inspiré de la doctrine du Mouvement moderne, mais néanmoins moins rigoriste que ce dernier, et porteur d’une théorie de composition urbaine paysagiste. L’ Agence du Plan considère le paysage comme un élément fondamental dans la conception de projets urbains. Elle tente de développer une vision plus souple de la ville, où les règlements d’urbanisme ne sont pas appliqués de façon rigide mais avec, entre autres “une certaine poésie, […] orientée vers le bien-vivre, le plaisir de vivre l’espace urbain”, selon les termes de Jean-Jacques Deluz.

Deux courants architecturaux marquent alors le paysage algérois :

- Le premier se caractérise par un modernisme affiché, porté par de talentueux architectes (Pierre Marie, Louis Miquel) qui enrichissent la ville de nouvelles typologies audacieuses et modernes, théorisées par Le Corbusier dans les années 1930-1940. Ces œuvres sont la vitrine du modernisme algérois et attestent de la vitalité et de l’état d’esprit pétri d’innovation qui anime ces architectes.
- Le deuxième courant se distingue par un modernisme tempéré, selon l’élégante expression de Bernard Huet, courant dont l’écriture architecturale, bien que résolument moderne, puise ses référents dans le patrimoine tant universel que local. Les œuvres algéroises de Roland Simounet (Djenane el-Hassen, 1957), de l’architecte Fernand Pouillon (les célèbres cités Diar es-Saâda, Diar Mahçoul et Climat de France) qui constituent un jalon important dans l’histoire de l’architecture urbaine d’Alger, témoignent de la vigueur de la création architecturale dans son rapport incontournable à l’histoire.

Cité Diar Mahçoul (gauche) et Cité Diar es-Saâda (droite)
Source : Mutual Heritage

Ces deux “écoles” donnent naissance à des œuvres aujourd’hui reconnues pour leur importance dans l’histoire de l’architecture universelle.

En 1958, la mise en œuvre d’un plan de développement et de modernisation du territoire, le “Plan de Constantine”, est à l’origine d’un urbanisme quantitatif et d’imposantes opérations d’équipement social et industriel, ce qui met fin à l’approche prônée par l’Agence du Plan et à sa vision innovante. Sur la question de l’habitat, la notion des grands ensembles va s’imposer, s’amplifier, et perdurer à quelques nuances près jusqu’à nos jours.