1962-2010 : rupture politique et naissance d'un État

À l’Indépendance, le nouvel État algérien met en place une politique de récupération des bâtiments institués “biens-vacants” depuis le départ des Français. En parallèle, l’État édifie de nouvelles infrastructures dont l’expression architecturale témoigne autant de l’esthétique moderne que d’un vocabulaire historiciste fondant sa légitimité sur un retour aux sources locales.

En premier lieu, pour célébrer l’expression de la modernité, on fait appel à des architectes de renommée internationale tels que le célèbre praticien brésilien Oscar Niemeyer qui signe l’université de Bab Ezzouar. D’autres grands noms de l’architecture sont également sollicités : Kenzo Tange, Louis Skidmore, Ricardo Bofill, Fernand Pouillon, Luigi Moretti.

En second lieu, la quête d’authenticité dans sa dimension architecturale trouve un ardent défenseur en la personne d’Abderahmane Bouchama, auteur, entre autres, de la mosquée de la place Kennedy à El Biar et d’un monumental édifice universitaire (1976) à Hussein Dey, dédié aux Sciences islamiques. Dans une approche similaire, les nombreuses œuvres touristiques de Fernand Pouillon (Sidi Fredj, Tipaza, etc.), parsemées sur le territoire, témoignent des emprunts riches et variés au vocabulaire architectural local et méditerranéen et de la puissante créativité de ce bâtisseur hors norme.

Dans les années 1980, la ville d’Alger est en quête d’une nouvelle centralité. Une expression du postmodernisme (mouvement né dans les années 1970 en réaction au modernisme), caractérisée par l’appropriation et l’interprétation de formes décoratives locales, est esquissée avec la nouvelle Bibliothèque nationale et l’hôtel Sofitel au Hamma, à proximité du Jardin d’essai. La réalisation du complexe commercial de Riad El-Feth à El Madania, dont le monument haut de 92 mètres s’impose comme repère dans la skyline algéroise, celles du palais de la Culture des Anassers et de nouveaux hôtels de standing, témoignent de la volonté de combler le déficit en équipements de la ville.

Hôtel Aurassi, Amr Moussa et Luigi Moretti, 1963-1973
Source : Mutual Heritage

La promulgation de textes législatifs sur l’architecture en 1994, ou encore la mise en place du Concours national d’Architecture, rendent compte d’un effort de promotion et de reconnaissance de l’architecture par l’État. On assiste à une amorce du renouveau de la pensée architecturale et urbaine qui accorde une part significative à l’héritage bâti et s’appuie sur l’émergence d’une maîtrise d’œuvre privée.

Des édifices contemporains illustrent ce renouveau : la bibliothèque communale du Télemly (Merhoum, 2004) qui renoue avec la lignée des bâtiments innovants ayant investi la ligne de crête depuis les années 1950. Dans une autre expression, tout aussi contemporaine, le bâtiment du nouveau ministère des Affaires étrangères (Faidi et Bouchama, 2010) prend visiblement le patrimoine local comme référent, et pose la question fondamentale du rapport qu’entretient le patrimoine à la conception et à la production de formes architecturales nouvelles. Enfin, il semble pertinent de souligner l’intérêt relativement récent pour la valorisation et la sauvegarde du patrimoine urbain et architectural qui s’exprime notamment par la récente reconversion des anciennes Galeries de France en musée d’Art moderne d’Alger (MAMA, 2008).