Historique du projet

Les travaux effectués par les chercheurs des deux rives de la Méditerranée depuis une dizaine d’années ont mis en valeur l’existence d’un patrimoine architectural maghrébin récent original, fruit d’échanges artistiques et humains transnationaux particulièrement féconds. Aux 19e et 20e siècles, les villes du Maghreb, au rang desquelles Alger occupe une place essentielle, ont vu se développer des architectures témoignant des contextes politiques et sociaux spécifiques à leur époque, mais également des grands débats artistiques internationaux.

C’est dans le cadre de ces récentes activités que s’inscrivent les travaux de l’équipe Mutual Heritage (From Historical Integration to Contemporary Active Participation), dont le projet est financé par l’Union européenne, dans le cadre du programme Euromed Heritage 4. Le projet Mutual Heritage vise en effet à faire reconnaître le patrimoine récent de la Méditerranée en encourageant son intégration dans les problématiques des sociétés et des nations qui gèrent aujourd’hui cet héritage. Pour ce faire, Mutual Heritage organise des formations et des journées d’action afin de sensibiliser les populations et les professionnels aux possibilités de prendre en compte cet héritage récent dans les différentes politiques urbaines, touristiques et patrimoniales portées dans les pays du pourtour méditerranéen. Dans le cadre de ce programme, Mutual Heritage coordonne également des publications qui font intervenir des chercheurs spécialistes de l’architecture et du patrimoine méditerranéen.

Panoramique de la ville d'Alger
Source : Florence troin, Mutual Heritage

La conception de cette Carte du patrimoine architectural 19e-20e siècles d’Alger a été confiée par l’équipe Mutual Heritage à trois chercheurs travaillant sur l’architecture et le patrimoine maghrébin. Ces auteurs ont dès l’origine choisi de destiner ce travail à un large public composé à la fois d’amateurs et d’amoureux d’Alger, qu’ils soient habitants ou touristes, à qui ils ont souhaité restituer un aperçu de cette ville riche de monuments en tous genres.

Boussad Aïche et Leïla Oubouzar, architectes et enseignants au département d’Architecture de l’Université de Tizi Ouzou, ont travaillé de concert avec Myriam Bacha, chercheur en Histoire de l’Architecture, associée à l’Université de Tours, pour concevoir cet ouvrage. Les auteurs ont souhaité mettre l’accent sur l’architecture datant de la période coloniale mais également sur celle élevée après l’indépendance du pays, afin d’offrir une meilleure compréhension de la richesse et de la diversité du paysage bâti algérois contemporain. Ils ont voulu montrer que cette architecture témoigne d’une grande originalité et d’aspects novateurs. Elle se fait en effet l’écho des grands débats esthétiques qui ont animé les milieux internationaux et la scène algéroise tant pendant la période coloniale que depuis les années 1960. Mais, surtout, cette Carte vise à montrer que, loin d’être systématiquement un objet d’importation, l’architecture algéroise a développé des spécificités propres et que certains de ses monuments comptent parmi les plus emblématiques de l’architecture contemporaine mondiale.

L’ambition n’est pas d’offrir un panorama exhaustif de la production bâtie algéroise des 19e et 20e siècles, cette entreprise se serait révélée bien périlleuse, notamment pour des raisons liées à l’état actuel de la recherche ; les auteurs ont donc choisi d’intégrer les architectures pour lesquelles ils disposaient de suffisamment d’informations. En effet, de nombreux bâtiments n’ont jamais été étudiés et n’ont donc pas pu faire l’objet de notices.